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26 Décembre 2025
1. Méditation: Dieu dans la caverne
Il fut un temps où nombre d’Anglais et d’autres étaient fascinés par les spéculations sur l’évolution humaine et se laissaient facilement emporter par les affirmations des scientifiques et autres personnes décrivant l’homme comme un « homme des cavernes ». Ils décrivaient sa vie, sa chasse et comment il lui arrivait de frapper sa femme avec une massue. Pour G.K. Chesterton, converti au catholicisme en 1922, il s’agissait là d’une évolution aveugle. En réaction, il écrivit son livre humoristique intitulé « L’Homme éternel » (The Everlasting Man).
J’ai dévoré ce livre, le considérant comme le plus captivant des contes de Noël. Il y démontre que la réalité de Dieu, qui s’est fait homme en Jésus-Christ et nous a rachetés, est infiniment plus riche et plus précieuse que toutes ces fantaisies. (1) Dans l’esprit de Noël, nous souhaitons maintenant écouter ses réflexions humoristiques et souvent très pertinentes, empreintes de paradoxes infinis.
Son livre se compose de deux parties : « La Créature appelée Homme », qui s’ouvre sur un chapitre intitulé « L’Homme dans la caverne », et « L’Homme appelé Christ », qui débute par un chapitre sur Dieu dans la caverne. « Dieu aussi était un homme des cavernes », écrit-il. Il est apparu comme le « centre : et un centre est infiniment petit ». « Lorsque Dieu naît comme un enfant ordinaire, totalement démuni entre les mains de sa Mère », nous devons comprendre qu’il vient avec des « idéaux opposés » à ceux du pouvoir et de la violence terrestres. Il apporte une « religion des petites choses ». « La naissance du Christ n’a pas eu lieu sur la scène du monde ; elle s’est déroulée sous le monde… non seulement sur une scène non dressée, mais même sur une scène plongée dans l’obscurité, dont le rideau est baissé ». « Pourtant, dans le secret de Bethléem, c’était le ciel qui était sous la terre. »
Et qui sont les premiers témoins de cet événement divin ? Les bergers, les gens du peuple,
« car leurs esprits étaient les moins contaminés et les moins refroidis par les subtilités de la philosophie et la corruption de la surcivilisation ». « Les bergers avaient trouvé leur Berger. » « Le lieu découvert par les bergers n’était pas une académie… où l’on disséquait ou expliquait les mythes… C’était un lieu où les rêves devenaient réalité. »
Les mystérieux Rois mages auraient tout aussi bien pu être Confucius, Pythagore, Platon ou Bouddha. « Bouddha serait venu de son paradis impersonnel pour vénérer une Personne. Confucius aurait quitté les temples où il vénérait ses ancêtres pour venir se prosterner devant un Enfant. » Confucius aurait complété sa vision de la famille et du respect des parents par le respect que les parents portent à leurs enfants ! Voilà une occasion pour Chesterton d’apporter des contributions intéressantes au cours de religion comparée. « L’Église contient ce que le monde ne contient pas. »
Concernant les tentatives modernes de syncrétisme, visant à fusionner toutes les religions, il écrit : « On ne peut jamais rien créer de plus grand que le Credo sans en omettre quelque chose. » « Ils convoquent un parlement des religions comme une réunion de tous les peuples : mais ce n’est qu’une réunion de toutes les illusions. » Il écrit que « le monde entier est presque mort de l’ouverture d’esprit et de la fraternité interreligieuse ». Chesterton, par sa conversion, devint un fervent catholique : « Voici la lumière : le credo catholique est catholique, et rien d’autre ne l’est ».
La singularité de Noël réside dans la résonance simultanée de tant de sentiments : « l’humilité, la joie, la gratitude, une crainte mystérieuse, mais aussi la vigilance et le combat à venir ». Noël n’est ni une « conférence de paix brahmanique », ni une « fête d’hiver scandinave ». Les cloches de minuit résonnent comme « le grondement des canons d’une bataille gagnée » et mêle à « la joie festive d’une tranchée ». Il nous faut comprendre que les plus belles choses naissent de la lutte, des profondeurs, telles « une remontée volcanique ». « Hérode a donc sa place dans le miracle de Bethléem car il représente la grande menace pour l’Église militante ». La Croix est déjà cachée dans la crèche.
Selon Chesterton, seul l’esprit de Noël catholique est capable d’unir ces trois valeurs apparemment contradictoires. D’abord, « l’aspiration humaine instinctive au ciel… à la maison paternelle… au sanctuaire de Dieu ». Ensuite, une vision du monde qui transcende toutes les philosophies. Enfin, un défi à relever. Chesterton conclut ce chapitre en décrivant comment Noël peut surprendre et bouleverser une personne. Il se réfère sans doute à sa propre expérience :
« C’est comme si l’on avait découvert, au cœur même de sa propre maison, une chambre secrète dont on ignorait l’existence, et qu’une lumière en avait émané. C’est comme si l’on avait trouvé, au plus profond de son cœur, quelque chose qui, malgré soi, nous poussait à devenir meilleurs. Ce n’est pas fait de ce que le monde appellerait un matériau durable… Cela parle à toutes les valeurs spirituelles cachées dans notre âme. Tout ce qui n’est en nous qu’une tendresse passagère devient là une émotion éternelle ; tout ce qui ne signifie en nous qu’une douce humeur passagère se transforme en une force et une paix durable… Ces valeurs deviennent un message de joie qui plane à jamais sur nos vies, lorsque les figures merveilleuses des rois s’effacent devant les collines, que les montagnes ne résonnent plus des pas des bergers, et que seules la nuit et la voûte de la grotte recouvrent en épaisses strates ce qui est plus humain que l’humanité elle-même ».
CHESTERTON G. K., De eeuwige mens, 2e édition révisée, Spectrum, Utrecht/Bruxelles, 1948
P. Daniel
2. Spiritualité : Union avec Dieu (26)
Sixième demeure (la conscience) : S. Thérèse d’Avila explique
Avant-dernière demeure, la sixième : la conscience. Nous pénétrons ici dans les demeures mystiques - les paroles peinent à traduire pleinement les réalités vécues à ce stade. Pourtant, pour avancer dans notre cheminement vers l’union avec Dieu, nous osons effleurer les grandes grâces dont l’âme jouit en cet état. Bien que cela puisse paraître très éloigné de notre vie quotidienne, il est précieux de contempler les miracles que Dieu accomplit dans les âmes qui ont tout quitté pour le suivre. Prenons le temps d’examiner quelques aspects de cette sixième demeure, telle qu’elle est expliquée par Sainte Thérèse d’Avila dans son Château intérieur, et prions le Seigneur Jésus qu’il ait pitié de nous et daigne nous révéler, à nous aussi, de tels mystères.
1. Une union vraie qui se manifeste par la souffrance intérieure (1)
(Agonie de l’âme déjà unie, mais non encore pleinement)
Dans la sixième demeure s’allument
« de si grandes grâces … dans l’âme [qu’elle éprouve] le plus ardent désir de posséder entièrement l’Époux divin qui les lui accorde. Sa vie n’est plus qu’un tourment, quoique mêlé de délices et elle soupire avec une ineffable ardeur après la mort. »
« Tout ce qu’elle y voit, la fatigue ; elle ne trouve quelque soulagement que dans la solitude ».
Ces paroles montrent clairement que l’union est proche, mais tendue, douloureuse, instable : l’âme est déjà transformée, mais pas encore consommée.
2. L’âme suit le Christ dans une véritable agonie spirituelle
(Dépouillement total avant la septième demeure)
L’âme expérimente de grandes grâces à ce stade mais la proximité qu’elle vit avec Dieu entraîne une épreuve extrême :
« Cette âme brûle d’un amour si tendre, qu’à la moindre occasion qui augmente ce feu, elle prend soudain son vol. Ainsi, les ravissements sont très fréquents dans cette demeure, sans qu’on y puisse résister, lors même qu’ils arrivent en public. A peine ces faveurs sont-elles connues, qu’on parle contre cette âme et qu’on la persécute ; tant de personnes, et les confesseurs en particulier, cherchent à lui inspirer des craintes, qu’elle ne peut s’empêcher d’en être émue ».
Pleine de sécurité à l’intérieur, surtout quand elle est seule avec Dieu, elle ne se laisse pas de s’affliger à la pensée que ce n’est peut-être là qu’un artifice du démon ».
L’âme est crucifiée intérieurement, suspendue entre Dieu et l’obéissance humaine.
3. La purification radicale de la conscience
(Souffrir non par peur, mais par amour)
Quelques-uns pourraient « s’imaginer que les âmes auxquelles le divin Époux se communique d’une manière si intime, sont tellement sûres de le posséder désormais, qu’elles n’ont plus sujet de rien craindre, ni de pleurer leurs péchés ».
Au contraire, « plus elles se voient enrichies des dons de Dieu, plus elles sont vivement touchées de la douleur de leurs fautes. »
L’âme « déplore son aveuglement d’avoir manqué de respect à ce Dieu de majesté ; elle ne peut comprendre comment elle a eu la hardiesse de l’offenser ».
Ici, la conscience n’est plus juridique, mais sponsale : la douleur naît de l’amour.
4. L’âme ne craint plus l’enfer, mais de perdre Dieu
(Crainte filiale et non servile)
« Quant à la crainte de l’enfer, les personnes qui sont en cet état n’en ont point. »
« Toute leur crainte est que Dieu ne retire sa main, qu’elles ne l’offensent. »
« Pour ce qui regarde leur propre peine ou leur propre gloire dans l’autre vie, elles n’y pensent point ; et si elles désirent de sortir promptement du purgatoire, c’est beaucoup moins pour être délivrées des peines qu’on y endure, que pour n’être pas privées de la présence de leur Dieu ».
C’est le signe d’une union déjà très avancée, mais encore vulnérable.
5. Illusion possible des désirs et des larmes - discernement très fin
Dans la sixième demeure, l’âme est traversée par des désirs très intenses de Dieu. Sainte Thérèse avertit cependant qu’il ne faut pas s’y abandonner sans discernement :
« Lorsque vous sentez ces grands désirs, quelquefois si impétueux, de jouir de la vue de Notre Seigneur, vous ne devez point vous y laisser aller ».
Le danger est de croire que ces élans seraient en eux-mêmes la preuve d’un grand progrès spirituel. Or, souligne-t-elle,
« le démon pourrait les exciter […] pour la porter à croire qu’elle est de ce nombre »
c’est pourquoi elle conclut avec sagesse :
« Il est toujours bon de marcher avec crainte »
Cette mise en garde concerne tout particulièrement le don des larmes (gratia lacrimarum), souvent considéré dans la tradition spirituelle comme un signe de grâce et un phénomène mystique. Saint Jean Climaque, par exemple, affirme que les larmes peuvent être un véritable renouvellement du baptême :
« Cette source de larmes qui jaillit après le baptême […] renouvelle le baptême dans sa pureté première. » (3)
Mais sainte Thérèse introduit ici un discernement décisif. Même à un stade avancé, certaines personnes pleurent facilement par disposition naturelle ou émotionnelle, sans que ces larmes procèdent réellement de Dieu :
« La moindre chose les fait pleurer […] elles s’imaginent alors que les larmes qu’elles répandent coulent pour Dieu, quoiqu’Il n’en soit point la cause. »
Elle ajoute que, se souvenant de ce qu’elles ont entendu dire sur la valeur spirituelle des larmes,
« elles ne voudraient faire autre chose que d’en répandre […] et loin de les arrêter, elles les provoquent de tout leur pouvoir. »
Le critère décisif, selon sainte Thérèse, n’est donc pas l’abondance des larmes, mais leurs fruits spirituels. Les larmes authentiquement données par Dieu se reconnaissent à ceci :
« Au lieu de vous mettre dans l’inquiétude et le trouble, elles vous laisseront dans une grande tranquillité et une grande paix. »
Ainsi, dans la sixième demeure, Dieu purifie l’âme jusque dans ses affections les plus spirituelles. Même ce qui est beau et vénérable, comme les désirs ardents ou les larmes, doit passer par le crible d’un discernement humble, afin que l’âme avance non par des signes sensibles, mais dans une union toujours plus vraie et dépouillée avec Dieu.
« Plus Dieu accorde de grandes grâces, plus il faut d’humilité. »
(1) https://www.carmel.asso.fr/sites/carmel.asso.fr/IMG/pdf/livre_des_demeures.pdf
(2) https://fr.wikipedia.org/wiki/Don_des_larmes
Saint Jean Climaque, L’Échelle sainte, VII, 8, p. 114. https://www.pagesorthodoxes.net/la-voie-du-repentir
Fr. Jean
3. Église et Monde
Suite à l'accueil favorable réservé à la 121e consécration d'une église orthodoxe à Moscou, évoquée la semaine dernière, nous souhaitons également mentionner la 122e. Le 19 décembre, jour de la grande fête de la Saint-Nicolas en Russie, le patriarche Cyrille a consacré l'église Saint-Nicolas de Tchoukino (Moscou) lors d'une magnifique cérémonie religieuse de quarante-cinq heures :


Situation dramatique pour les chrétiens en Chine. Une véritable persécution. Selon les informations publiées par La Croix, les enfants n’ont pas le droit d’entrer dans les églises, les prêtres n’ont pas le droit de baptiser les enfants, toutes les religions doivent être « sinisées » par le Parti communiste, le drapeau chinois et le portrait de Xi Jinping doivent être affichés par toutes les églises, des caméras doivent être installées dans tous les édifices religieux, des cours sur les idées de Xi Jinping doivent être intégrés aux programmes de théologie et de philosophie, et la réglementation concernant l’utilisation d’Internet par les institutions religieuses rend toute prédication impossible.
Cela rend la vie religieuse et l’évangélisation de la petite communauté de 12 millions de catholiques chinois pratiquement impossible. Après l’accord entre Pékin et le Vatican (2018), 12 évêques ont été ordonnés, tous choisis par Pékin. Il reste une quarantaine de diocèses sans évêque et une vingtaine d’évêques « clandestins », reconnus par Rome, refusent de rejoindre l’Église catholique chinoise. https://lesalonbeige.fr/le-regime-chinois-intensifie-sa-repression-contre-leglise-catholique-de-chine/. Apparemment, un plan d’expulsion des chrétiens est en cours, non seulement au Liban et en Syrie, mais aussi ailleurs.
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Selon Robert F. Kennedy Jr., ministre américain de la Santé, les traitements médicaux permettant aux enfants de changer de sexe ne constituent pas des soins médicaux dignes, mais une mutilation aux graves conséquences physiques et psychologiques. Servir une idéologie qui nuit aux enfants constitue une violation du serment d’Hippocrate. Cette proposition de loi a été adoptée par la Chambre des représentants à une courte majorité (216 voix contre 211). Malheureusement, son adoption définitive est loin d’être assurée. Les conséquences sont très lourdes pour les contrevenants : les hôpitaux (pratiquement tous !) ne recevraient plus de subventions et les individus s’exposerait à une amende et à une peine de 10 ans de prison : https://lesalonbeige.fr/les-soins-dits-daffirmation-du-genre-ne-sont-pas-de-la-medecine-cest-de-la-faute-professionnelle/
4. Nouvelles de la communauté
Nous avons célébré Noël et ses prières aussi bellement que possible en un seul bloc. Le mercredi 24 décembre, nous avons prié les Heures royales (Primes, Tierces, Sextes, Nones) le midi. À 17h30, en début de soirée, la longue célébration a commencé et s’est terminée à minuit et quart. Nous avons chanté les Vêpres de Noël avec les huit lectures, suivies de l’Eucharistie byzantine. Des jeunes de rite syriaque ont chanté le Notre Père en araméen, la langue de Jésus, que beaucoup connaissent par cœur. L’Eucharistie s’est conclue par une procession et la bénédiction du pain et de l’huile consacrée.
Ensuite, nous sommes allés aux grottes pour la crèche vivante : Joseph et Marie avec l’Enfant, les bergers et les Rois mages. Tout le monde était déguisé et participait. Il y avait même trois agneaux nouveau-nés. Là, les récits de Noël ont été lus en français et en arabe. Un des bergers est passé avec le thé pendant que des chants de Noël étaient entonnés dans toutes les langues.
De là, nous sommes retournés à l’église pour les Laudes et l’Eucharistie en rite latin. Grâce à la diversité des offices, nous avons pu célébrer cette liturgie de sept heures avec solennité et ferveur.



