21.1.2
2 Janvier 2025
1. Méditation: Ô Nuit de Noël, si belle…
« Nuit de Noël, si belle, l’amour ne peut-il pas habiter le cœur de chacun ? Nuit de Noël, nous t’en supplions, sois le signe du réveil du Bien suprême. Brille, ô étoile, là-haut et au loin, comme un signal d’amour pour nous tous. »
Ainsi, au milieu du XVIIe siècle, l’inoubliable poète néerlandais Joost van den Vondel écrivit le refrain de son poème de Noël « Ô Nuit de Noël, plus belle que les jours ».
Aux deux méditations sur le merveilleux événement de Noël, nous aimerions ajouter une troisième réflexion. On ne saurait trop insister sur la grandeur de cet événement. D’ailleurs, dans les liturgies occidentales et orientales, ce mystère est célébré par trois célébrations eucharistiques : la veillée, la nuit et le jour. Celles-ci sont liées à trois aspects de la naissance de Jésus : de toute éternité dans le sein du Père, sa naissance historique à Bethléem, sa naissance spirituelle en chacun de nous.
En effet, sa naissance révèle non seulement la toute-puissance de Dieu dans la faiblesse d’un enfant sans défense, mais elle éveille aussi l’appel divin dans chaque cœur humain. Dieu s’est fait homme afin que l’homme puisse retrouver sa vie divine.
Voici l’annonce impressionnante du Martyrologe romain :
“L’an depuis la création du monde, quand Dieu au commencement créa le ciel et la terre 5508, d’après la chronologie de l’Eglise Orientale ; depuis le déluge 2957 ; depuis la naissance d’Abraham 2015 ; depuis Moise et la sortie du peuple d’Israël de l’Egypte 1510 ; depuis que David fut sacré roi 1032 ; la soixantième semaine suivant la prophétie de Daniel ; la 42ème année de l’empire d’Octave Auguste ; le 33ème année du règne d’Hérode l’Iduméen, le sceptre étant sorti de Juda, selon la prophétie de Jacob ; la terre entière étant en paix, Jésus Christ, Dieu éternel, Fils du Père éternel, voulant sanctifier le monde, par son saint avènement, naquit à Bethlehem de Juda.
Les Mages, guidés par une étoile, vinrent adorer l’Enfant Dieu. Des bergers qui faisaient paître leurs troupeaux, furent avertis de la naissance de leur Sauveur par une troupe d’esprits célestes qui chantaient dans le ciel : Gloire à Dieu au plus haut des cieux, et paix sur la terre aux homes de bonne volonté.
A Jésus, Notre Sauveur, gloire et louange dans les cieux et paix sur la terre aux hommes de bienveillance“
Quelle que soit l’influence de la franc-maçonnerie et des Lumières sur une civilisation moderne et sécularisée, elle ne parviendra jamais à effacer la signification et la puissance divine et humaine profonde de Noël. Noël restera toujours au cœur de l’histoire de l’humanité. Le film poignant sur Ebenezer Scrooge, inspiré d’un conte de Noël de Charles Dickens, illustre avec force comment un homme d’affaires au cœur de pierre se métamorphose, la nuit de Noël, d’un riche avare en un bienfaiteur jovial et compatissant. Ce film n’est pas seulement une expression typique de l’esprit de Noël dans le Londres du XIXe siècle, mais surtout une incarnation du message éternel de Noël.
Il est essentiel de poursuivre le récit des événements miraculeux de la veille de Noël 1914, après cinq mois de guerre, sur le front occidental, Diksmuide, Flandres. Cette terrible Première Guerre mondiale allait faire plus de 37 millions de victimes, militaires et civiles : 16 millions de morts et plus de 20 millions de blessés. Grâce aux lettres de soldats britanniques et allemands et aux journaux de guerre, nous savons désormais ce qui s’est passé cette nuit de Noël dans les tranchées du front. Les soldats allemands ont soulevé un sapin de Noël et entonné des chants de Noël : « Douce nuit, sainte nuit… ». Les soldats britanniques leur ont répondu par leurs propres chants. Les Allemands ont hissé une bannière depuis leurs tranchées : « You no fight, we no fight » (Vous ne combattez pas, nous ne combattons pas). Les Britanniques ont répondu par « Merry Christmas ». Les premiers soldats sont sortis des tranchées, désarmés…
Une trêve spontanée ! Ce que les chefs d’État et les dirigeants politiques n’avaient pu obtenir, des hommes ordinaires l’ont accompli, animés par les aspirations les plus profondes de leur cœur. Les soldats allemands et britanniques ont commencé à se serrer la main et à échanger des cadeaux. Des soldats qui, quelques minutes auparavant, étaient prêts à s’entretuer, échangèrent du chocolat, leurs rations, du tabac et du cognac. Ensemble, ils commencèrent à enterrer les morts. Un soldat, coiffeur de profession, proposa de couper les cheveux de ceux qui en avaient besoin. Un Britannique sortit un ballon de football et un match improvisé fut organisé. D’après une lettre de l’un d’eux, nous savons que les Allemands l’emportèrent 3 à 2.
Alors que les soldats comprenaient qu’ils n’étaient que les jouets des caprices insensés des dirigeants du monde, l’état-major des deux côtés était furieux et s’assura que le bain de sang se poursuive sans relâche à Noël les années suivantes. Les tireurs d’élite reçurent l’ordre d’abattre tout soldat quittant les tranchées sans armes ! Les dirigeants criminels qui organisent des guerres pour leur propre honneur et leur pouvoir étouffent les aspirations les plus profondes de leurs soldats. Ceux qui tuent physiquement meurent généralement eux-mêmes psychologiquement. Le taux de suicide chez les soldats israéliens est alarmant, avec une forte augmentation depuis l’horrible guerre de Gaza. Des milliers de soldats israéliens reçoivent chaque année un diagnostic de syndrome de stress post-traumatique (SSPT). Des milliers de vétérans américains se suicident chaque année. Tuer autrui pour satisfaire la soif de pouvoir, de possessions et d’honneur des élites n’est pas notre véritable vocation.
« Celui qui sanctifie et ceux qui sont sanctifiés ont tous une même source » (Hébreux 2, 11). Dieu a assumé l’existence humaine afin que l’humanité puisse accéder à la dignité divine. Dieu est descendu parmi nous afin que nous puissions monter vers Lui. C’est aussi le désir le plus profond, caché au fond de chaque être humain : trouver le bonheur parfait en Dieu. Nous pouvons même le constater en partie par notre expérience quotidienne. Après tout, nos désirs sont illimités et ne peuvent jamais être pleinement comblés ici-bas. Nous aspirons toujours à autre chose, car Dieu nous a créés ainsi : pour trouver le bonheur parfait en Lui.
Et parfois, l’ardeur irrésistible de cette nuit de Noël jaillit en nous. Elle inspire notre créativité et notre force pour accomplir l’impossible, comme ce fut le cas la nuit de Noël 1914. Le désir de paix était alors bien plus fort que la loi martiale.
P. Daniel
2. Spiritualité : Union de l’âme avec Dieu (27)
La septième demeure – Entrée dans la vie transformée en Dieu
Nous avons atteint l’aboutissement de notre quête vers l’union parfaite de l’âme avec Dieu : la septième demeure. Il est difficile de traduire en mots l’immensité des grâces et des profondeurs spirituelles que les âmes y éprouvent. Pourtant, Sainte Thérèse d’Avila (1) s’aventure à en esquisser le mystère.
Dans la septième demeure, sainte Thérèse décrit l’état d’une âme arrivée à la transformation la plus profonde. Cette âme semble avoir perdu toute référence à elle-même, tant l’œuvre de Dieu y est accomplie. « La transformation qui s’est faite en elle est si totale, qu’elle ne se connaît plus ». Elle ne se préoccupe ni de sa propre félicité, ni de la gloire du ciel, ni même de la vie ou de l’honneur. « Elle s’occupe tout entière à procurer la gloire de Dieu ». En elle s’accomplit cette parole du Seigneur : « Occupe-toi de mes intérêts ; je prendrai soin des tiens ».
Cet oubli de soi est radical. L’âme « semble qu’elle n’a plus d’être », et elle « voudrait n’être plus rien en quoi que ce soit », sauf lorsqu’il s’agit de « concourir à augmenter, ne serait-ce que d’un degré, la gloire et l’honneur de Dieu ». Elle irait jusqu’à « donner très volontiers sa vie pour cela ». Toutefois, cet anéantissement intérieur ne supprime pas la fidélité concrète : elle n’abandonne ni le manger, ni le dormir, ni les devoirs de son état. Thérèse précise qu’elle parle ici « de ce qui regarde l’intérieur ». Quant aux œuvres extérieures, l’âme ne les fuit pas ; au contraire, « sa peine est de voir que ce que ses forces lui permettent de faire pour Dieu n’est rien ». Tout ce qu’elle reconnaît comme service du Seigneur, « elle s’y porte avec une ardeur telle que rien sur la terre ne serait capable de l’arrêter ».
Un second effet majeur de cette vie en Jésus-Christ est le désir de souffrir. Mais ce désir n’est plus inquiet. Il est pacifié. « Telle est l’ineffable ardeur avec laquelle ces âmes désirent que la volonté de Dieu s’accomplisse en elles » qu’elles sont également contentes de tout ce qu’il ordonne. Si Dieu veut la souffrance, « elles en sont bien aises » ; s’il ne la veut pas, « elles ne s’en tourmentent plus comme autrefois ». Même la persécution devient source de joie intérieure. Elles conservent « une paix beaucoup plus profonde que dans les demeures précédentes ». Loin de tout ressentiment, « elles aiment d’un amour tout particulier » ceux qui leur font du mal, prêtes à souffrir pour les soulager, et consentiraient même « à être privées de quelques-unes des grâces qu’elles reçoivent » afin que ces âmes cessent d’offenser Dieu.
Ce qui étonne le plus Thérèse est le renversement du rapport à la mort. Autrefois, ces âmes étaient consumées par le désir de mourir pour voir Dieu. La vie leur était un exil insupportable. Maintenant, elles sont « si embrasées du désir de le servir » qu’elles souhaitent vivre longtemps, même « au milieu des plus grandes souffrances », heureuses de pouvoir offrir au divin Maître « une partie des louanges qu’il mérite ». Même avec la certitude d’entrer aussitôt dans la gloire, « elles n’en seraient point touchées ». Leur gloire est ailleurs : « c’est de pouvoir faire quelque chose pour le service du divin Crucifié ». Leur regard se fixe sur les offenses faites à Dieu et sur le petit nombre d’âmes qui cherchent uniquement son honneur.
Il arrive cependant que le désir du ciel se réveille, surtout lorsqu’elles mesurent « le peu de services qu’elles lui rendent ». Alors renaît « avec une ineffable tendresse d’amour » le désir de quitter l’exil. Mais presque aussitôt, elles y renoncent. Posséder Dieu intérieurement leur suffit. Elles lui offrent « l’acceptation volontaire de la prolongation de cette vie » comme le plus grand gage d’amour possible. La mort ne les effraie plus ; elle apparaît seulement comme « un suave ravissement ». Le même Époux qui les avait autrefois livrées à un martyre ardent leur donne maintenant « ce désir tranquille ». Il vit en elles, et « il leur suffit d’être avec lui ». Elles ne recherchent plus consolations ni faveurs. Comme sa vie terrestre fut un tourment, il veut que la leur lui ressemble, au moins « par les désirs », tout en leur communiquant sa force lorsqu’elles en ont besoin.
Ces âmes vivent dans un grand détachement. Elles désirent la solitude ou le salut du prochain. Elles n’ont « plus ni sécheresses, ni peines intérieures ». Elles sont occupées de la pensée du Seigneur avec une telle tendresse qu’elles ne voudraient rien faire d’autre que le louer. Si leur attention faiblit, « lui-même les réveille ». Elles reconnaissent clairement que cet élan intérieur « vient de l’intérieur de l’âme », sans concours des puissances. Thérèse le compare à un feu qui ne peut que monter : « partant du centre de l’âme, il s’élève en haut et réveille ses puissances ».
Cette grâce manifeste le soin particulier de Dieu de « se communiquer à nous et de nous convier à demeurer avec lui ». Toute souffrance serait déjà récompensée par « ces touches si suaves et si pénétrantes de son amour ». Lorsque ces élans se produisent, Thérèse exhorte à se souvenir qu’ils viennent « de cette dernière demeure où Dieu réside en votre âme ». Ils sont « un message », « un billet qu’il vous écrit avec un ineffable amour », destiné à être connu de l’âme seule.
Ce qui distingue cette demeure est l’absence presque totale de sécheresses et de troubles. L’âme jouit « presque toujours du calme le plus pur ». Elle est certaine que Dieu est l’auteur de cette grâce, car « les sens et les puissances n’y ont aucune part », et parce que Dieu l’a introduite en un lieu où « le démon n’oserait s’introduire ». De sa part, il n’y a qu’un seul acte : « cet abandon par lequel elle s’est remise tout entière entre les mains de Dieu ». Sainte Thérèse compare cette demeure au temple de Salomon, construit dans le silence. « On peut appeler cette septième demeure le temple de Dieu », où Dieu et l’âme « jouissent l’un de l’autre dans un très profond silence ». L’entendement est tenu en repos, les puissances sont comme saisies d’étonnement, mais non suspendues.
Les extases violentes deviennent rares. Autrefois, la moindre occasion faisait sortir l’âme d’elle-même. Maintenant, les mêmes objets « ne produisent plus sur elle ces grands effets ». Elle a trouvé « le lieu de son repos ». Le Seigneur l’a fortifiée, élargie, rendue capable de supporter ces grâces sans faiblesse. C’est ici que s’accomplit l’union demandée par l’Épouse des Cantiques, « ce baiser » qui est « le gage souverain de son amour ». C’est « la source des eaux vives », « le tabernacle de Dieu », et la colombe y trouve enfin « la terre ferme » après les tempêtes du monde.
La paix qui en résulte est profonde, mais non encore irrévocable. La crainte de perdre un si grand bien pousse l’âme à une vigilance extrême. Plus elle reçoit de grâces, plus elle se défie d’elle-même, consciente de sa misère. Les croix ne manquent pas, mais « elles passent de même qu’un flot», et le calme renaît aussitôt, car « la présence de leur adorable Époux leur fait oublier tout le reste ». Ainsi s’achève la description de cette demeure où Dieu règne pleinement dans l’âme. « Qu’il soit à jamais béni et loué de toutes les créatures ». Ainsi soit-il.
(1) Sainte Thérèse d’Avila, Le Château intérieur, Septièmes demeures, chapitres 1 à 3, https://www.carmel.asso.fr/sites/carmel.asso.fr/IMG/pdf/livre_des_demeures.pdf, consulté le 30 décembre 2025
Fr. Jean
3. l’Eglise et le monde
À Noël 1914, des soldats britanniques et allemands ont fraternisé sur le front occidental et ont refusé de s’entretuer. Lire le récit ici : https://www.frontnieuws.com/kerstvrede-van-1914-satanisten-houden-ons-gegijzeld/
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Le général d’armée français Christian Blanchon a tenu à rendre hommage à ceux qui ont refusé la vaccination pendant la crise du coronavirus : « Même si j’étais vacciné, j’admirerais les non-vaccinés car ils ont résisté à une pression inouïe, de la part de leurs conjoints, parents, enfants, amis, collègues et médecins. » « Ils ont l’air normaux, mais ce sont de véritables héros ». « Les personnes capables d’un tel caractère, d’un tel courage et d’un tel esprit critique incarnent sans aucun doute ce que l’humanité a de meilleur ». Exclus de la table de Noël de leurs familles, ils n’avaient jamais rien vu de plus cruel. Ils ont perdu leur emploi, leur carrière a été brisée, ils se sont retrouvés sans le sou… mais cela leur importait peu. Ils ont subi d’immenses discriminations, des accusations, des trahisons et des humiliations… mais ils ont tenu bon. Femmes, hommes, jeunes, vieux, riches, pauvres, de toutes races et de toutes religions, les non-vaccinés, les élus de l’arche invisible, les seuls à avoir su résister quand tout s’est effondré » : https://www.frontnieuws.com/franse-generaal-breng-hulde-aan-de-antivaxxers-ze-lijken-normaal-maar-het-zijn-superhelden/
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Alors que tant de communautés religieuses et d’abbayes disparaissent en silence, une nouvelle communauté abbatiale est en train de se fonder en France ! Cet été, face à un afflux de vocations, l’abbaye du Barroux (Vaucluse) enverra douze moines bénédictins, porteurs de leur charisme et de leur liturgie traditionnelle, en Anjou, pour remplacer la communauté cistercienne actuelle. Ils prendront possession de l’abbaye historique de Bellefontaine (Maine-et-Loire). L’abbaye Sainte-Madeleine du Barroux compte plus de soixante religieux, alors que ses bâtiments n’étaient initialement prévus que pour quarante. Elles ont déjà fondé une seconde abbaye en 2002 à Sainte-Marie-de-la-Garde, près d’Agen. Soucieuses de préserver la messe traditionnelle tout en restant en communion avec le Saint-Siège, elles ne suivent plus Mgr Lefèbvre depuis 1988, date à laquelle il a décidé d’administrer les ordinations épiscopales indépendamment de Rome. Dom Louis-Marie, abbé père de la communauté : « Nous sommes des hommes de prière, et c’est là notre mission première. Nous ne sommes ni des guerriers, ni des politiciens, ni des influenceurs. Nous vivons en clôture, dans l’aura naturelle d’une abbaye de prière » : dotpeonSsrsai1o4 mui cG73f:8elilfl5m70140rgla19atgnueff040if
4. Quelques photos
Nos soins médicaux à l’hôpital du camp de réfugiés d’Al-Hol (nord-est de la Syrie)
Coupe de bois pour le poêle
La chaîne de montagnes enneigée de l’Anti-Liban









